Nouvelle inédite et exclusive Oracle, Magie & Co

Série Oracle, Magie & Co
Nouvelle exclusive : La Rencontre

Chapitre 1

Dick Malone

Chicago est mon territoire : je le défends avec hargne, acharnement et violence si besoin. Nous sommes dans les années 50 et la reconstruction d’après-guerre invite à rêver de mieux, de plus, pour oublier, se rebâtir et façonner un avenir. Seulement, tout le monde n’est pas fait du même bois ou n’a pas la chance de pouvoir s’élever en toute légalité.

J’ai grandi dans « les bas quartiers », et sans réelle éducation scolaire ou socle familial solide et solidaire, à l’instar de bon nombre d’enfants comme moi, j’ai atterri dans la rue pour terrain de jeux. La rue est une école très formatrice mais aussi très rude : elle n’est ni juste ni bienveillante. Au contraire, c’est une jungle où la loi du plus fort règne en maître.

Je me suis donc acharné, pendant plus de 20 ans, à devenir dur et puissant. Au point de devenir, à 33 ans, le lieutenant de Joe, le chef de la famille Colombo, groupe mafieux qui s’est imposé dans les rues de Chicago, et pour lequel j’ai versé de la sueur et fait coulé – beaucoup – de sang.

Pourtant, ce soir, c’est le mien qui se déverse à grands flots sur les pavés de la ruelle derrière le restaurant « Palerma », notre QG[1].

Je me suis fait avoir… dans les grandes largeurs…

— Ce n’est pas contre toi personnellement Dick, me sussure Giovanni, le fils de Joe en se rapprochant de moi. Mais mon père t’écoute trop. Vous ne voyez pas qu’on peut faire monter la famille en puissance en s’alliant avec celles de New York et élargir ainsi notre territoire.

— New York, ce n’est pas Chicago, réponds-je en haletant de douleur. Ces familles sont loin. Les Corleone, au contraire, sont ici, et on est en guerre depuis des décennies avec eux pour protéger notre domaine. L’alliance que tu veux à tout prix avec New York se fera forcément au détriment de notre position à Chicago, tandis qu’on n’obtiendra jamais la même à New York où il faudra se faire une place, non pas contre un, mais contre cinq autres clans !

J’ai dû mal à parler, à respirer, affalé sur le sol où je me suis écroulé, incapable de bouger ; le salopard m’a tiré dans le dos ! Il a visé le cœur, mais grâce à mes réflexes, m’a perforé un poumon à la place. Il a attendu dans l’ombre pour m’attaquer par surprise, sans avoir le courage de m’affronter en face, comme un homme !

— Mon père et toi êtes devenus des chiffes molles, rétorque-t-il avec colère. Il est temps de laisser la place aux jeunes au lieu de vous accrocher aux anciens temps !

— Être lucides et réalistes ne veut pas dire faibles, riposté-je avec le peu de forces qu’il me reste. Fais attention à ce que ton ambition aveugle ne te précipite pas dans le désastre, et toute la famille avec. Joe, cette fois-ci, ne te pardonnera pas ta traîtrise !

Joe a toujours eu une préférence pour son « dernier », le seul fils après 4 filles. Il l’a pourri gâté et lui a constamment trouvé toutes les excuses de la terre pour ses agissements irresponsables. Le nombre de fois où j’ai dû « arranger » la situation dans lequel ce morveux s’était mis ! J’aime mon ami comme mon frère et suis loyal à la famille, mais je n’ai jamais pu respecter ce petit con qui a systématiquement fait ce qu’il voulait parce qu’il était « l’héritier » de la famille… Il a toujours profité de sa position sans jamais comprendre les responsabilités qui en découlent…

C’est la seule erreur de Joe, mais la plus grande !

— Mon père n’aura plus rien à pardonner…

Mon cœur saigne et ce n’est pas à cause de la balle reçue : ce salopard va aussi tuer son père, mon ami depuis 30 ans !

Et je ne pourrais rien y faire pour empêcher ça !

— Mon unique consolation, c’est qu’il ne verra jamais quel immonde salopard tu es devenu, et il n’aura pas à vivre avec cette honte sur son nom !

Une détonation retentit, mais bizarrement je n’ai pas mal…

Je ne ressens plus rien.

Et pourquoi, alors que je ne pouvais pas bouger l’instant auparavant, ai-je la sensation de flotter ?

Merde, je suis mort ?!

Je vois Giovanni se pencher sur mon corps et tirer une troisième balle dans ma tête, alors qu’il vient juste de m’en loger une dans le cœur.

La colère m’envahit. Non, la rage !

Loyal jusqu’aux tréfonds de mon âme et dévoué à la Famille, jamais je n’aurais imaginé que je me ferais descendre par l’un des miens, et surtout pas par le fils de mon meilleur ami !

Suffoqué par cette émotion dévastatrice, je mets quelques instants à me reprendre et à sentir comme une aspiration.

Les sermons du père Enzo me reviennent en flash ! Non, je ne veux aller nulle part tant que cette petite merde de Giovanni n’aura pas payé ! Si je suis mort, alors je vais le hanter jusqu’à le rendre fou !

Porté par cette soif de vengeance, je lutte contre cet « appel » et arrive à « m’ancrer » pour le rejeter. C’est comme si une porte s’était ouverte puis refermée soudainement.

Mais maintenant… je vois une lumière ? Elle vient juste d’apparaître au loin ! Elle brille comme un phare dans la nuit et je suis irrésistiblement attiré par elle.

Sans vraiment savoir pourquoi, cette fois-ci, je ne m’acharne pas et essaie, au contraire, de la rejoindre.

 

Chapitre 2

 Rebecca Dubois

 Aujourd’hui, Sarah a 7 ans. C’est un jour particulier, non pas parce que c’est son anniversaire, mais parce qu’à partir de maintenant, son aura peut s’activer à tout moment.

Je lui ai déjà expliqué que nous sommes une lignée de médiums et que chaque fille qui naît dans notre famille a des dons spéciaux : certaines pourront communiquer avec des fantômes, d’autres auront plutôt des « visions » au travers des cartes, ou encore développeront une affinité vis-à-vis des plantes pour créer des philtres, etc. Chacune de nous est unique et possédera, en fonction de l’intensité de son aura, des dispositions plus ou moins fortes.

Les cartes m’ont dit, dès sa naissance, que Sarah serait puissante et j’ai peur pour elle. Si elle ne maîtrise pas son don ou si elle ne l’accueille pas, elle peut en mourir : parmi nos ancêtres, certaines sont devenues folles ou se sont suicidées ! Sarah a l’air de bien l’accepter, mais la théorie est une chose et la réalité une tout autre affaire à vivre. Surtout pour une petite fille. Elle est très intelligente et bien plus avisée que son âge ne le laisserait penser, mais elle reste une enfant.

Et avec cette guerre qui n’en finit pas, la vie est déjà suffisamment difficile : les Allemands sont partout, contrôlent tout et tuent tous ceux qu’ils considèrent différents ou inférieurs. Comment une petite fille de 7 ans, même si elle sait que c’est un secret, pourrait-elle cacher sa particularité pour survivre, si elle communique avec les morts alors que nous sommes cernés par eux ?

— Rebecca ? Arrête de ta faire du souci pour notre princesse. La peur n’enlève pas le danger et même si elle peut t’aider à être plus alerte, cela te paralyse si tu te laisses submerger par elle, me murmure mon mari, Pierre, en m’enlaçant.

Pierre. Mon amour. Mon roc. Un homme bon qui m’a aimée au premier regard et qui m’a acceptée telle que je suis : un cadeau sans prix !

Sa maladie au tout début de la guerre a été une bénédiction des anges, car il n’a pas été appelé à combattre, et même s’il en a été très affaibli et en porte toujours des séquelles quatre ans plus tard, cela a permis que nous restions ensemble. Les philtres fortifiants que je lui prépare régulièrement l’ont aidé petit à petit à reprendre une certaine vitalité. Oh, il ne sera jamais très vaillant, mais au moins, il est vivant. Et je remercie l’Univers tous les jours pour ça. Combien d’amis avons-nous déjà perdu ? Trop pour les compter, malheureusement. Entre ceux qui sont partis combattre et ceux qui sont pourchassés, notre entourage s’est réduit à peau de chagrin.

— Je le sais, mon chéri, tu me le répètes souvent, mais ce n’est pas pour autant que c’est facile à occulter. Je ne t’attendais pas si tôt… Comment cela se fait-il que tu sois déjà revenu ?

— Malheureusement, l’épicerie n’a plus de stock et attend toujours une livraison. Je n’ai pas pu utiliser tous nos bons d’approvisionnement, mais j’ai réussi à faire du troc avec le libraire qui est à deux rues et… tadaaaaa ! Clame-t-il avec un sourire triomphant en sortant 2 œufs du petit sac qu’il avait posé sur la table pour me serrer contre son cœur.

— Hooo, tu es formidable ! m’exclamé-je, ravie. Nous allons pouvoir faire un gâteau avec le sucre et la farine que je mets de côté depuis des mois en prévision. Sarah va être tellement heureuse ! Merci, mon chéri !

— Il n’y a rien que je ne ferais pour ma reine et ma princesse, me répond-il avec son sourire si doux. Et je ne veux pas gâcher ta joie, reprend-il avec un air grave, mais le voisin est encore venu m’alpaguer dans la rue pour me redire qu’il avait besoin de la boutique pour s’agrandir et que j’étais bien bête de ne pas accepter son offre…

— Mais « L’oracle de La Pythie » a été créé par mon ancêtre il y a des décennies et est toujours restée dans ma famille depuis. C’est autant une tradition qu’un devoir avec tous les secrets que recèle cet immeuble.

— Je le sais bien, Rebecca… mais nous n’avons plus beaucoup de clients depuis un certain temps, les gens n’ayant plus d’argent pour tes guidances ou tes philtres. Si cela dure plus longtemps, nous n’aurons peut-être plus d’autre choix.

— Non ! La guerre va se terminer bientôt, les cartes me l’ont dit. Il faut tenir encore un peu.

— Très bien, soupire-t-il. Tu sais que je respecte ton don et te fais confiance. Nous allons faire en sorte de résister même si je ne sais pas encore bien comment. 

Sarah Dubois

 Maman a fait un gâteau ! Pour moi ! Et à partir de ce jour, tout peut arriver : elle m’a tout expliqué depuis que je suis toute petite et désormais, je suis une grande !

Elle est douée avec les cartes, mais moi, j’espère que je pourrais parler avec un fantôme, ce sera bien plus amusant. Et puis comme ça, j’aurais un véritable ami. Parce que les gens ne sont pas vraiment gentils.

J’ai toujours su que maman leur inspirait une certaine fascination et de la peur en même temps. Ils viennent la trouver quand ils ont besoin d’elle, mais si jamais ils la croisent dans la rue, ils l’évitent. « Des imbéciles à l’esprit étriqué » comme dit Papa, mais c’est blessant de les entendre chuchoter dans son dos que « la sorcière est sortie de son antre ». Même si elle ne dit rien, moi, j’ai mal pour maman. Elle est belle et n’a rien d’une sorcière !

 J’aimerais tellement lui ressembler, mais elle dit que je tiens de sa maman à elle, et que je serais une « grande sylphide » alors qu’elle est un « petit flacon en courbes » : je ne comprends pas bien ce qu’elle veut dire par là, mais ça fait toujours rire Papa qui lui répond systématiquement que « les meilleures choses sont concentrées dans les petites boîtes». J’adore quand ils s’embrassent alors, et qu’ils me demandent en riant de fermer les yeux.

Ça y est, le moment est enfin arrivé !

Maman allume les bougies et je dois faire un vœu – mais je ne dois pas le dire à voix haute sinon il ne se réalisera pas.

« Je voudrais un fantôme pour ami, s’il vous plaît, les anges! »

Je le répète avec ferveur trois fois dans ma tête et prends une grande inspiration en me concentrant sur les bougies. Toutefois, à force de les fixer, les sept petites flammes devant mes yeux se rapprochent pour ne plus en faire qu’une seule. Fascinée par la lumière, je l’observe augmenter en intensité jusqu’à en devenir éblouissante et finis par souffler dessus pour pouvoir respirer à nouveau.

— Joyeux anniversaire, ma princesse ! me félicite Papa en riant. Tu en as mis du temps à souffler tes bougies ! Tu es devenue toute rouge à force de retenir ta respiration. Mais tu les as toutes soufflées d’un seul coup, bravo !

Ah bon ? J’ai été tellement fascinée par la lumière que je n’ai pas entendu Maman me répéter plusieurs fois que je pouvais souffler les bougies. D’ailleurs, elle me regarde intensément sans rien dire pendant que Papa coupe le gâteau…

Chapitre 3

Dick Malone

 Putain, mais c’est quoi ça ? Où je suis là ? J’ai été attiré par une lumière au loin et l’ai suivi, mais je n’ai plus de notion de temps ni d’espace. Je reprends « conscience » de mon environnement dans un petit salon avec… des gens ?

Eux aussi sont morts ?

Pfff, faut que je me coltine les fantômes d’une famille avec une gosse ? Quitte à être clamsé, j’aurais au moins pu rejoindre ceux de mon clan qui sont partis avant moi, non ?

— Nom d’un caïd, qu’est-ce que c’est que ce bordel ! Vous m’entendez là-haut ? – ou en bas, vu que selon le père Enzo j’irais tout droit en enfer – je veux retrouver ce salopard de Giovanni et lui faire bouffer mon Borsalino !

— C’est quoi un Borsalino ?

Je vois la femme se figer et regarder la gosse avec inquiétude.

— C’est un chapeau que portent les hommes, ma princesse, lui répond son compagnon avec un air perplexe. Pourquoi ? Tu en voudrais un ?

— Non, je ne veux pas de chapeau d’homme ! s’exclame la gosse. Mais le monsieur très en colère veut le faire manger à quelqu’un de très malpoli.

Là, c’est moi qui en mangerais mon chapeau !

De ce que je comprends, ce ne sont pas des fantômes vu la réaction des adultes… mais la gosse… elle m’a entendu !

— Quel monsieur ? Tu as entendu quelqu’un, Sarah ? demande la femme avec un air carrément alarmé, là.

— Oui, maman. Mais ne t’inquiète pas. Il a l’air très en colère mais je ne pense pas qu’il soit méchant.

— Bien sûr que si, je le suis, gamine ! Les Corleone tremblent rien qu’en entendant mon nom.

— C’est qui les Corleone ? demande-t-elle à nouveau sans être ébranlée le moins du monde parce que je viens de lui dire.

— Sarah… tu entends quelqu’un et tu es la seule à pouvoir le faire ! s’exclame la femme.

Elle est franchement en panique mais la gosse, au contraire, s’illumine comme le sapin de Noël du maire.

— Hooo, merci, les anges ! s’écrie-t-elle. Ils m’ont vraiment envoyé un fantôme pour qu’il soit mon ami.

Euh… si c’est vrai, le père Enzo avait raison et je suis allé tout droit en enfer !

Qu’est-ce que c’est que cette gosse qui demande un fantôme aux anges ? Et qu’est-ce qu’ils foutent, ceux-là, pour le lui donner, nom d’un caïd ?

— Monsieur, reprend la femme en s’adressant dans le vide devant elle, de ce que je sais, si Sarah est la seule à vous entendre, vous en revanche, pouvez nous comprendre parfaitement. En ce cas, laissez-moi vous expliquer la situation dans laquelle vous vous trouvez et le choix que vous pouvez faire.

C’est une histoire de fou qu’elle me raconte !

J’ai traversé l’océan et me retrouve à Paris ? Des femmes médiums ! L’appel du Tout Infini pour retourner à la Source ! Et la gosse qui vient « d’activer son aura qui m’a guidé jusqu’à elle » !

— Si vous fusionnez avec Sarah, continue la femme, vous pourrez résister à l’appel du Tout Infini pour rester dans notre réalité. Mais en faisant cela, vous devrez vous « nourrir » de son énergie pour alimenter la vôtre. Sarah est très jeune. Cela peut être dangereux pour elle…

— Non, Maman ! s’écrie la gosse. Ne lui demande pas de partir dans le Tout Infini ! S’il vous plaît, Monsieur, j’ai prié les anges pour pouvoir parler avec un fantôme et ils vous ont envoyé pour être mon ami. Restez avec moi ! Je suis forte. Et je serais la meilleure amie que vous aurez jamais, je vous le promets. S’il vous plaît !

La gosse est au bord des larmes mais conserve pourtant un air farouche et déterminé. Elle a du cran cette gamine. Malgré moi, elle me touche avec cet éclat dans les yeux et ses petits poings serrés.

Si elle avait été un garçon, je l’aurais eu à l’œil à Chicago, parce qu’elle aurait eu le potentiel de rejoindre nos rangs avec un caractère aussi trempé. Nul doute qu’elle aurait su se faire une place dans notre famille.

— J’comprends pas tout, ça fait quoi, cette fusion ? Comment je la fais si je décide de rester ?

La femme m’explique comment me concentrer pour « trouver » la flamme qui m’a guidé et y projeter mon énergie afin de créer un pont entre sa fille et moi, quand la gamine lui rapporte mes questions.

— S’il vous plaît, Monsieur le fantôme, restez avec moi. Faites-le, je vous assure que vous ne le regretterez pas ! On va devenir les meilleurs amis du monde. Vous n’avez pas envie de rester seul, non ?

Et elle parle, elle parle, entre arguments et supplications : elle arrête pas !

Par le Parrain Tout Puissant, elle arrive même à me convaincre.

Je me suis laissé embobiner par une gamine de 7 ans – heureusement que je suis canné ou les gars se seraient bien foutus de moi jusqu’à ma mort!

Chapitre 4

Rebecca Dubois

 Cela fait trois mois que Sarah a son « nouvel ami » et elle semble si heureuse. Je ne peux pourtant pas m’empêcher de m’inquiéter parce qu’elle a maigri, le transfert d’énergie l’impactant bien plus qu’un adulte – surtout dans nos conditions de restrictions drastiques.

Son père et moi avons décidé de sauter un repas chacun à notre tour pour lui donner des rations plus importantes, mais elle s’en est évidemment rendu compte, et refuse de manger plus que sa part. Elle a toujours été intelligente, mais je n’avais jamais réalisé qu’elle était aussi bornée à ce point !

— Elle est la digne fille de sa mère, me rétorque Pierre en riant à ma réflexion que j’ai énoncée à voix haute sans m’en rendre compte.

— Je dirais que, comme la moitié de son patrimoine génétique vient de toi, nous sommes co-responsables de cet état, lui réponds-je en lui tirant la langue.

Pierre est un homme doux et droit avec un sens de l’humour qui me comble. C’est le seul qui me connaisse vraiment et qui arrive à me faire sortir de ma réserve que je garde vis-à-vis du monde et de sa méchanceté à notre égard.

— Notre princesse est forte, elle s’en sortira, tu verras.

Fille qui déboule en courant les escaliers qui mènent de l’appartement à la boutique pour s’y engouffrer, tout essoufflée !

— Dick dit qu’il faut partir tout de suite ! Maman, Papa, on doit aller se cacher maintenant ! Les nazis sont au bout de la rue, et Dick a vu le voisin avec eux leur pointer la boutique. Il nous a dénoncés !

— Le salaud ! Il espère sans doute récupérer le bâtiment en récompense vu qu’on refuse toujours de lui vendre, s’énerve Pierre.

— Sarah, prend ton sac qu’on a préparé pour un cas comme celui-là, nous allons aller dans la cave.

— Mais Maman, ils vont tout fouiller ! Ils vont nous trouver !

— Non, ma princesse, lui explique Pierre, ta maman a des secrets et va nous en montrer un. On part à l’aventure.

Il fait de son mieux pour calmer la panique de Sarah pendant que je rassemble les quelques affaires que nous devons prendre absolument, et nous descendons à la cave en moins de 2 minutes.

— C’est quoi le secret, Maman ?

— Cet immeuble a été construit pas un architecte il y a longtemps et son fantôme a révélé à une de nos ancêtres l’existence d’un passage caché permettant d’accéder aux catacombes sous la ville. Nous allons nous y réfugier et disparaître sans que personne ne sache où ni comment. Par la suite, ce sera à toi de préserver ce passage.

 Dick Malone

 Nom d’un caïd, ça, c’est du secret !

Depuis les quelques mois qui se sont écoulés, je me suis vraiment attaché à la gamine et à sa famille. Elle est rusée comme une renarde et n’a pas tardé à comprendre les avantages d’avoir un fantôme auprès d’elle. Une vraie chipie ! Comme la fois où elle m’a demandé en murmurant de regarder les réponses sur la correction que sa maîtresse avait laissées sur son bureau lors du contrôle qu’elle n’avait pas révisé – « parce qu’elle préférait écouter mes histoires de gangster».

J’ai appris à m’accommoder de mon état de fantôme et il a certains avantages, je l’avoue.

Si j’avais pu espionner les Corleone comme je peux le faire dans le quartier maintenant, on aurait été les rois du pétrole, pour sûr ! Aujourd’hui, je me contente de faire attention aux dangers potentiels pour la gamine et ses parents, vu la situation qui se dégrade de jour en jour. Les Allemands viennent de subir une grosse défaite en Normandie et tout le monde espère que les troupes débarquées vont délivrer Paris, mais c’est pas encore pour demain.

Et en attendant, les SS[2] mettent la pression sur la population. Comme sur le pauvre libraire, pas loin, qui a été arrêté la semaine dernière sans véritable raison. Le prétexte ? Il ne se serait pas poussé assez vite au passage de la patrouille… On ne l’a pas revu depuis, et Sarah a été inconsolable pendant toute la nuit quand le gentil monsieur « lui a dit » qu’elle trouverait des bonbons cachés dans une boîte tout au-dessus de l’armoire de sa chambre, avant de partir dans le Tout Infini.

Parce que si je n’entends pas les autres fantômes, Sarah, elle, le peut. Et beaucoup sont venus la trouver depuis que son aura s’est activée. Trop, malheureusement…

Ouf, on a réussi à s’échapper de justesse ! On perçoit le martèlement des bottes sur le sol de la boutique quand Rebecca referme le passage secret. Sans bruit, pour ne pas nous faire repérer, nous descendons un escalier de pierre et nous enfonçons dans une galerie à la faible lumière de la torche que le père tient devant lui.

Pierre a tout préparé pour le cas où ils doivent justement fuir et se cacher : durant des nuits, il a apporté les quelques provisions qu’ils ont pu mettre de côté ainsi que tout ce qu’il pouvait prendre sans que cela ne leur manque trop. Comme des couvertures, des vêtements, deux bonbonnes de gaz, et un peu de vaisselle. C’est pour ça qu’ils n’utilisaient plus la cuisine de la boutique. Pas seulement pour faire des économies, mais aussi pour dissimuler le fait qu’ils déplaçaient une partie de leurs réserves. Celle de l’appartement à l’étage donne sur la cour et n’est pas à la vue de tous comme dans le magasin. Malin.

La « salle » dans laquelle il s’arrête finalement est celle qu’il a choisie pour se cacher. Il y a un tout petit cours d’eau qui passe dans lequel ils pourront puiser pour en faire bouillir et éviter ainsi les maladies. Même si c’est plus que rudimentaire, avec un environnement humide très désagréable pour ses poumons, compte tenu de la maladie de Pierre, ils peuvent tenir quelque temps. J’aiderai le père à faire du ravitaillement au bon moment en allant en reconnaissance : on va aller chercher ces foutus bonbons, pour sûr !

Rebecca s’inquiète pour les papiers et les cartes qu’elle a emportés à cause de l’humidité, mais Pierre lui dit de tout emballer dans la nappe cirée qu’il a cachée derrière… un amas de crânes…

 — Allez, viens, gamine, on va partir à l’aventure et explorer notre nouveau terrain de jeux, lui dis-je pour l’aider à appréhender cet environnement franchement pas rassurant pour une enfant.

— Je n’ai pas peur quand je suis avec toi, Dick, me répond-elle le plus sérieusement du monde. C’est grâce à toi que nous avons réussi à partir à temps. Les anges ont bien choisi.

Oué, cette gamine a du cran !

Je sens qu’elle va m’en faire voir de toutes les couleurs à l’avenir, nom d’un caïd !

 

Si ce n’est pas déjà fait, retrouve Sarah et Dick dans la duologie : Oracle, Magie & Co + son spinoff Licorne, Merlin & Cie. 

Résumé : Moi c’est Dick, fantôme lié à Sarah, une médium puissante qui tient une boutique d’ésotérisme à Paris, avec l’aide de sa petite fille Sybille. Elle est au courant de rien sur le pouvoir des femmes dans sa famille, et on est pépère depuis des années. Enfin, jusqu’à ce que Sarah se mette en tête d’aider ce fichu mage blessé, qui s’est réfugié dans l’arrière cours de notre immeuble. Moi, je dis que le type, s’il peut mourir, c’est qu’il est pas si magique, non? Mais les filles m’écoutent jamais pfff…. Oué, parce qu’en plus Sybille raconte tout à sa meilleure amie (pour moi c’est la Morue…) On se retrouve très vite dans un bourbier pas possible à essayer de démêler le vrai du faux avec à nos trousses, les Electi (mages d’élite), et un flic qui nous lâche pas d’une semelleNom d’un caïd, comment parvenir à déjouer le complot qui menace la société secrète des mages ? Sans parler d’aider Sybille à maîtriser son don de médium que ce Dimitri a éveillé chez elle ?

Magie, oracle et fantôme grincheux : découvre une aventure pleine d’humour et de rebondissements entre Paris et La Nouvelle-Orléans!

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[1] Quartier Général
[2] Soldat allemand

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